11 mars 2007
Autodafé
Au risque d'assombrir ce dimanche ensoleillé et printanier, je reproduis un post du blog de Pierre Assouline que je viens de lire et qui me touche, me concerne, me met en colère. D'autant plus que cette nouvelle est passée inaperçue dans les médias qui ne font qu'énumérer froidement et en 1 minute les attentats qui endeuillent chaque jour l'Irak.
"Où l’on brûle des hommes et des livres
Il existe dans le centre historique de Bagdad une vieille artère appelée la rue Al-Moutanabi, du nom d’un grand poète des temps abbassides. Enfin, il existait… Elle a été récemment pulvérisée à la suite d’un attentat à la voiture piégée. Tout ce que la capitale irakienne compte d’intellectuels, d’écrivains, d’étudiants, d’universitaires et de journalistes avait l’habitude de venir s’approvisionner en livres neufs en plusieurs langues dans des librairies telles que Adnan, ou en livres d’occasion sur les étalages à même le sol, avant d’échanger des éditions pirates sous les arcades et de s’attabler aux terrasses de cafés fréquentés par les poètes, chez Chahbandar. Les habitués, notamment les correspondants étrangers tel Christopher Dickey de Newsweek, disent que c’était l’un des rares lieux de la ville où soufflait l’esprit (entendez : la liberté de l’esprit) car il se tenait en dehors des partis et des sectes, même si on y trouvait de plus en plus souvent des portraits de mollahs. Il n’en reste rien. Une vingtaine de morts et de blessés parmi les habitués, des librairies volatilisées, des milliers de livres (dont certaines raretés bibliophiliques ) brûlés. Impossible de ne pas songer aux vers prophétiques de Heine dans Almansor (1821) :” Ce n’était qu’un prélude, car là où l’on brûle des livres, on finit par brûler les hommes”. Ce qui se passera en Allemagne un peu plus d’un siècle après, alors qu’en Irak, on a commencé par les hommes et on poursuit par les livres."
17 décembre 2006
Écoeurée
Juste un petit mot, parce que si je me lançais dans un long texte, cela initierait de longs débats insolubles. Je veux juste vous faire part rapidement d'une impression qui m'envahit chaque jour un peu plus.
Tous ces jours-ci, je me sens profondément écoeurée par la folie consommatrice qui atteint les français [qui soi-disant n'ont pourtant pas de sous]. C'est une réalité tout au long de l'année, depuis des années, mais c'est évidemment encore plus flagrant avant Noël.
Acheter, acheter, acheter, consommer, consommer, consommer, avoir, avoir, avoir : le plaisir et le bonheur ne sont pas dans le nombre, ne sont pas dans le tout : il faudrait déjà apprendre à apprécier et à profiter de ce que l'on a déjà. Rappelons-nous que notre mode de vie et notre envie de tout avoir, tout faire, sont responsables en grande partie de la dégradation de l'état de la planète. Je m'inclus dans le lot bien sûr, même si je pense ne pas être une consommatrice effrénée.
Je ne prône pas l'ascétisme, juste l'achat réfléchi, ou pour employer un vocabulaire à la mode, une attitude "éco-responsable".
Si tout le monde pensait plus à être qu'à avoir...
26 novembre 2006
La banlieue de Mon Oncle
Si vous avez vu le merveilleux-excellent film de Jacques Tati, Mon Oncle, vous connaissez le regard amusé, tendre et nostalgique que l'auteur pose sur la banlieue "à l'ancienne" qui, à la fin des années 1950, commençait à disparaître devant la "modernité" en marche. Le processus destructeur débutant à l'époque s'est montré lent très lent : j'ai passé mon enfance dans la proche banlieue parisienne de la fin des années 70 et du tout début des années 80 et le cadre cher à Mr Hulot existait encore "dans son jus" par endroits bien que déjà sérieusement entamé. Mais si lent qu'il soit, ce processus est toujours à l'oeuvre et s'il est nécessaire de se débarasser de bâtiments laids et insalubres, je ne peux qu'être triste quand des édifices d'un intérêt esthétique et historique certain sont démolis. Je vous donne un exemple :
Cet immeuble, proche de ma station de métro, vit ses derniers jours. Par rapport à cette photo, il n'a déjà plus de toit. Je trouve regrettable de le voir disparaître : en briques, décoré de céramiques colorées et d'un faux soubassement de pierre, c'était une construction de qualité typique d'une époque et d'un style, agréable à regarder (tout propre et ravalé il aurait pu être très beau). Vous me direz qu'on trouve encore beaucoup de bâtiments de cet ordre en banlieue, mais ils disparaissent l'un après l'autre, faute d'une prise de conscience que la banlieue a une histoire, un patrimoine propre grignoté peu à peu qui, quoique modeste, est la trace d'un mode de vie typé et ancré dans la première moitié du XXè siècle. On serait bien content d'avoir quelques exemples d'insulae romaines en plus des prestigieuses villae finalement mieux connues !
Toujours est-il que cet édifice va laisser la place à un immeuble de bureaux en verre et tout le quartier environnant ne comptera plus que des bâtiments datant d'une grosse quinzaine d'années. Bien sûr, il s'agit de zones en perpétuel mouvement, mais éliminer TOUTE trace de la vie passée me paraît dommageable, surtout quand, comme ici, on n'agit pas selon un plan urbanistique pensé et unitaire, mais au coup par coup, sans aucune vision d'ensemble.
25 septembre 2006
Enorme coup de gueule
Je profite de la minuscule tribune qu'offre ce blog pour faire part d'un scandale qui ne fera pas grand bruit puisqu'il touche un domaine qui n'intéresse personne : le patrimoine. La façade-poudre aux yeux des Journées du Patrimoine, qui sont formidables, donnent bonne conscience et rassurent tout le monde, cache une réalité dont le grand public est ignorant : le patrimoine, sa conservation, son étude, vont mal et sont le parent très pauvre de la culture en France. Je ne me lancerai pas dans un discours qui serait trop long. Je présente juste ci-dessous ce cas d'espèce expliqué dans un très clair article du Monde.
La culture vend son patrimoine
LE MONDE | 25.09.06 |
Le ministère de la culture est sommé de céder de nouvelles pépites immobilières à Paris. L'annonce est parue sur une pleine page dans les journaux : trois monuments historiques, les hôtels particuliers de Vigny et de Croisilles (3e arrondissement), et celui de Kinsky, rue Saint-Dominique (7e arrondissement), sont à vendre au plus offrant. La date limite de dépôt des offres est fixée au 8 novembre. Des visites sont d'ores et déjà organisées. Seul problème : ces beaux bâtiments avec cours et jardins sont occupés par des services du ministère de la culture, qui n'avaient pas du tout prévu de les quitter et pour lesquels les solutions de relogement sont incertaines.
Sont ainsi priés de faire leurs cartons la direction de la musique, de la danse, du théâtre et du spectacle (DMDTS) ; la précieuse Médiathèque du patrimoine, qui conserve un riche fonds d'archives et de documentation sur les monuments historiques ; la Fondation du patrimoine ; l'Association Jacques-Henri Lartigue, qui gère la donation et donc l'oeuvre du photographe.
"Notre principale inquiétude concerne la Médiathèque du patrimoine, indique Georges Mouradian, membre de la direction nationale de la CGT-Culture. Il faut éviter la dispersion du fonds. Or on sait qu'il sera difficile de trouver dans Paris un bâtiment qui réponde à la fois aux normes d'accueil du public et aux normes de conservation des archives. Et si elle s'éloigne trop en périphérie, la médiathèque sera moins accessible au public."
RELOGER DANS PARIS
Pourquoi cette précipitation ? Imposée par un amendement surprise de la commission des finances lors du vote à l'Assemblée nationale, en décembre 2005, de la loi de finances 2006, la décision de vendre ces hôtels a pris le ministère de la culture au dépourvu. Ce dernier a regroupé une bonne partie de ses services dans son nouveau siège des Bons-Enfants, près du Louvre, en janvier 2005, mettant fin à de nombreuses locations et vendant quelques biens. Tout en conservant quelques jolies propriétés. Notamment les 3 000 m2 de l'hôtel Kinsky (XVIIIe siècle), dont les occupants devaient à l'origine rejoindre les Bons-Enfants, et les 3 800 m2 des hôtels de Vigny et de Croisilles (fin du XVIIe siècle).
Ces vieux hôtels particuliers n'offrent pas un cadre satisfaisant aux agents et aux visiteurs, estime-t-on au ministère des finances comme à celui de la culture [note de Marnie : on se moque du monde, les gens qui disent ça n'y ont jamais mis les pieds !]. Ce dernier tente toutefois de rassurer son personnel : "Il n'est pas question de diviser la Médiathèque du patrimoine ou de disperser son fonds, assure-t-on au cabinet du ministre. Nous étudions des pistes pour la reloger dans Paris ou, au maximum, à une station de métro du périphérique."
La DMDTS et la Fondation du patrimoine devraient rejoindre des bureaux proches de la Rue de Valois, sans doute dans les étages du Louvre des antiquaires, "à des prix bien inférieurs à ceux du marché". Reste la question Lartigue. "Selon les termes de la donation, nous devons avoir une salle d'exposition permanente et occuper un monument public parisien, explique la directrice, Martine d'Astier. Sinon, le legs pourrait être annulé."
En attendant de trouver un point de chute à tout le monde, les hôtels sont vendus occupés, avec l'engagement de les libérer au plus tard le 31 décembre 2008. Dans l'intervalle, l'Etat versera un loyer au nouveau propriétaire. Loyer auquel il faudra ajouter le coût du relogement des services. D'où une interrogation : l'opération va-t-elle vraiment permettre des économies ? "Il y aura un important bénéfice, prédit un conseiller du ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres. 85 % du montant de la vente nous revient. Grâce à cela, nous pourrons financer des opérations en faveur du patrimoine." Les 15 % restants viendront nourrir le désendettement de l'Etat [note de Marnie : non mais laissez-nous rire, s'il y a un relogment correct, il ne restera que des clopinettes, et encore s'il en reste].
Grégoire Allix
Article paru dans l'édition du 26.09.06
Vous trouverez d'autres renseignements sur le sujet à cette adresse :
http://www.latribunedelart.com/Nouvelles_breves/Breves_2006/05_06/Mediatheque_Patrimoine_551.htm
Pour la pétition, je crains qu'il ne soit maintenant trop tard.








